Capturer le mouvement au cœur de la performance sportive – rencontre avec la photographe canadienne Danielle Earl

A seulement 26 ans, la photographe canadienne Danielle Earl a déjà une carrière très impressionnante pour son jeune âge. Et pour cause, peu de professionnels peuvent se targuer d’avoir été accrédités pour les Jeux Olympiques, ce qui est pourtant bien le cas de la jeune femme qui a couvert les épreuves de patinage artistique lors des Jeux d’Hiver de Pyeongchang, en 2018.

Un « léger » retour en arrière de 12 ans aide à mieux comprendre comment tout a commencé – c’est d’ailleurs le cas pour chaque acteur du cercle sportif. Chaque parcours trouve son explication dans ses origines, c’est pourquoi il s’agit d’un moment essentiel sur lequel nous nous pencherons pour de nombreux (voir tous) les articles.

C’est à travers la pratique du patinage artistique que Danielle Earl s’est initiée à la photographie : « J’ai commencé à prendre des photos de patinage lorsque j’avais 14 ans. J’étais moi-même patineuse et une de mes amies faisait un essai quand elle m’a demandé de prendre des photos qu’elle puisse montrer à sa famille. Ma mère venait juste d’avoir un nouvel appareil et j’avais envie de le tester, de jouer un peu avec, alors j’ai commencé à la prendre en photo. J’ai particulièrement aimé le challenge que cela représentait : capturer LE moment parfait. Petit à petit, je suis allée à tous les entraînements pour m’entraîner à prendre des photos ».

Une fois lancée dans cette nouvelle activité, Danielle se met rapidement à travailler les week-ends pour un photographe local. Son souhait de carrière initial se portait pourtant vers la médecine : « Quand j’étais petite, je voulais être médecin, mais je n’avais pas la méthode de travail qu’il fallait et mes notes en biologie n’étaient pas suffisantes – je n’étais surtout pas assez passionnée pour atteindre cet objectif ».

Si la photographie prenait alors une place importante dans son quotidien, la pratique du patinage passait tout de même en premier. Une blessure l’a cependant obligée à mettre un terme à cette activité : « Quand j’ai eu 16 ans, je me suis blessée en répétant un spectacle sur glace. Comme je ne pouvais plus patiner après cette chute, je me suis naturellement tournée vers la photographie. Cela me permettait de rester dans le milieu que j’aime, le patinage, tout en restant en contact avec mes amis ».

C’est en continuant à faire des photos, cherchant toujours à diversifier son travail et faire les choses différemment pour se perfectionner, qu’elle réalise avoir peut-être trouvé sa voie.

Début 2012, la jeune femme enregistre Danielle Earl Photography en tant que société et commence ses activités en mars de la même année. Spécialisée dans le patinage, elle étend son champ d’action à la danse et la gymnastique, devenant ainsi photographe de sport à temps plein, avec de nombreux déplacements à la clé : « Je passe environ 40 à 45 semaines par an sur les routes – pour moi, il n’y rien de mieux ! ».

Basée à Waterloo (Ontario, Canada), sa société est partagée entre deux activités : la vente de photographies (Danielle Earl Photography) et son statut de photographe freelance (Danielle Earl).

La vente de photographie s’effectue principalement dans le cadre de compétitions en Ontario et au Québec. Accompagnée de son équipe, Danielle se rend sur place afin de prendre des photos qui seront ensuite vendues directement au public.

« Je travaille avec Skate Ontario, Patinage Québec et Skate Canada pour fournir des photos aux athlètes sur ces événements entre les mois de Juillet et Mars. Comme il y en a beaucoup sur toute la saison et que notre présence est requise à plusieurs endroits, parfois sur un seul et même week-end, j’ai une équipe de photographes vacataires qui peut venir en renfort. Cette équipe est composée de personnes que j’ai formées et qui représentent Danielle Earl Photography lorsque je ne suis pas disponible ».

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Groupe Nova Junior – Championnats de Patinage Synchronisé Skate Canada 2019 (Waterloo, Ontario)
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Groupe Gold Ice Junior – Championnats de Patinage Synchronisé Skate Canada 2019 (Waterloo, Ontario)

Danielle Earl travaille également en tant que photographe freelance (seconde activité de sa société – Danielle Earl), sur des événements comme les Championnats du Monde de patinage ou les Jeux Olympiques, lorsqu’une fédération, un bureau de presse ou un site web font appel à ses services : « Cette année, on m’a beaucoup plus demandé de couvrir ce type d’événements ; j’ai donc moins pu me consacrer à la vente de photos sur les compétitions ».

Des choix doivent naturellement être faits lorsque sa présence est requise à plusieurs endroits en même temps : « Pour choisir mes déplacements, je détermine tout d’abord l’activité qui y sera exercée (vente de photos ou travail freelance) pour ensuite me pencher sur les dépenses à engager, le lieu sur lequel je dois me rendre… Au final, pour la vente de photos, je regarde surtout les événements sur lesquels il n’y a pas ou peu de photographes ».

La diversification de son activité professionnelle va de pair avec une approche personnelle et évolutive de la photographie de sport. Si à ses débuts la réalisation de photographies en focus primait, sa pratique s’est complétée par la recherche de « LA photographie parfaite en mouvement ».

Aujourd’hui, Danielle Earl ajoute une dimension plus émotionnelle à son approche artistique : « je crois qu’aujourd’hui, j’essaye en plus de montrer l’amour que je porte au patinage et à la danse, mais aussi l’amour du sportif pour son sport et toutes les émotions qui sont véhiculées derrière sa pratique. Je n’ai pas beaucoup fait de photos de type portraits traditionnels mais je pense que la plupart des photographes qui en font cherchent également à raconter une histoire et transmettre des émotions à travers leurs images, ce qui est également mon but. 

Je pense que la seule différence avec le type de photographie que je réalise, c’est que je ne peux pas demander à quelqu’un de recommencer sa performance ou de modifier l’angle de sa tête/ses épaules pour avoir une meilleure image. Je dois travailler en fonction de ce que l’on me donne – et c’est un challenge que j’apprécie beaucoup ! ».

L’année dernière a été particulièrement importante pour la photographe, qui a pu obtenir une accréditation pour les Jeux Olympiques d’Hiver à Pyeongchang (Corée du Sud). Un moment fort qu’elle a encore aujourd’hui du mal à réaliser : « Je n’arrive toujours pas à croire que j’ai pu vivre les Jeux en personne ! J’ai parfois l’impression que c’était un rêve« . Un rêve pourtant bien réalité, qui a débuté au cours d’une mission pour un site web.

« A l’époque, l’éditeur pour qui je travaillais m’a suggéré d’envoyer une candidature pour les Jeux, histoire de me familiariser avec le processus de demande, et d’être préparée  – voire potentiellement accréditée – pour les Jeux d’après (il est extrêmement compliqué d’obtenir une accréditation pour les Jeux Olympiques). J’ai été très, très surprise quand j’ai finalement reçu mon accréditation photo pour Pyeongchang, je ne m’y attendais vraiment pas ! Quand j’ai lu le mail m’annonçant la bonne nouvelle, je me suis retrouvée en état de choc pendant quelques instants, puis j’ai envoyé un message à ma mère lui disant : « Maman, je crois que je vais aux Jeux Olympiques?? ». Après cela, je me suis entièrement consacrée à l’organisation du voyage ».

Une telle expérience laisse des souvenirs marquants dans n’importe quel esprit – pour la photographe canadienne, impossible de n’en choisir qu’un, du fait de son intensité (ce qui se comprend !). Cependant, trois moments-clés lui viennent spontanément à l’esprit :

« Le premier moment m’ayant marquée est lorsque ma collègue et moi-même nous sommes retrouvées au beau milieu du stade olympique après le départ de la foule (nous étions en train d’essayer de retrouver la salle de presse après la cérémonie d’ouverture). Nous avons pu prendre une photo, avec le chaudron allumé de la flamme olympique en arrière-plan, et rencontrer plusieurs artistes de la cérémonie.

Le deuxième souvenir qui me vient à l’esprit est le programme libre réalisé par la patineuse canadienne Kaetlyn Osmond. J’étais assise en face des membres de l’équipe du Canada, et j’ai pu voir leurs réactions pendant sa performance, puis l’obtention de sa médaille de bronze… J’en ai encore les larmes aux yeux. C’est la seule fois où j’ai pleuré pendant les Jeux, ce qui est un record personnel !

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La patineuse canadienne canadienne Kaetlyn Osmond pendant son programme libre aux Jeux de Pyeongchang (2018).

Enfin, j’ai encore en tête le moment où Tessa Virtue et Scott Moir (désormais patineurs les plus titrés de l’histoire des Jeux) ont gagné l’or olympique ».

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Les patineurs canadiens Tessa Virtue et Scott Moir pendant leur programme libre aux Jeux de Pyeongchang (2018)

Vivre de tels moments dans une carrière peut être aussi fascinant et exaltant que déstabilisant, car il faut par la suite revenir à son quotidien tout en pensant au futur. L’après-Jeux, lorsque l’euphorie retombe soudainement, n’est donc pas toujours une période facile à gérer.

C’est pour essayer de définir ses prochains objectifs que la photographe a accepté plusieurs missions freelance, hors du cadre compétitif : « Je me suis sentie perdue pendant longtemps après les Jeux, car je n’étais pas préparée au contre-coup qui m’attendait, au sentiment d’avoir atteint le Graal de la photographie sportive – qu’est-ce que je pouvais faire après cela ?

Ce n’est qu’au cours des derniers mois que j’ai redécouvert la raison pour laquelle je fais ce métier ; j’ai immortalisé les coulisses d’une tournée de patinage artistique [The Thank You Canada Tour*, voir diaporama ci-dessous] et j’ai adoré cela. Je suis assez impatiente car j’ai réitéré cette expérience pour une autre tournée au printemps dernier et j’espère encore  le faire cet automne [pour la tournée Rock the Rink].

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Mes prochains grands objectifs ? Aller un jour aux Jeux Olympiques d’Eté, travailler avec le Ballet National du Canada et retourner aux Jeux d’hiver en 2022. Je souhaiterais également trouver plus de temps pour faire du bénévolat, que ce soit pour mon club local ou une organisation plus grande.

Au final, je pense que mon plus grand objectif serait de continuer à apprécier chaque jour où j’arrive à vivre mon rêve, regarder les enfants grandir grâce au sport que j’aime et ne jamais prendre ce que j’ai réussi à accomplir pour acquis ».

 


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*Photographies réalisées dans le cadre du Thank You Canada Tour, avec les patineurs Patrick Chan, Meagan Duhamel, Eric Radford, Kaetlyn Osmond, Kaitlyn Weaver, Andrew Poje, Elvis Stojko, Tessa Virtue et Scott Moir.

© Danielle Earl Photography