Des podiums cyclistes à la massothérapie : retour sur l’incroyable parcours de l’athlète Patrice Senmartin

Certaines personnes ont le don de changer le cours d’une vie, parfois par un simple geste, un conseil, une indication… ou une mise à vélo.

« Je lui dois tout. Sans lui, sans son apport spirituel et moral, je n’y serais jamais arrivé. Il a été comme un père pour moi. C’est lui qui m’a mis sur un vélo, en 1987 ». Ce sont les premiers mots utilisés par le champion paralympique Patrice Senmartin, désormais reconverti dans la massothérapie, pour parler de son ancien entraîneur, Michel Rauner. L’homme qui a guidé son choix sportif et lui a permis d’obtenir ses premiers titres Juniors puis Séniors (Champion de France, Champion du Monde…).

« Un jour, il m’avait fait faire 80 km puis il m’avait dit « Je vais faire de toi un champion Olympique ». Et c’est bien ce qu’il a fait ».

Le vélo, un choix qui s’est avéré être assez naturel pour l’athlète : « Vous savez, en étant non-voyant, on peut plus facilement se lâcher sur un tandem. En natation par exemple, c’est plus difficile, alors qu’en tandem, on peut vraiment donner pleine capacité à sa force ».

Son orientation, qu’elle soit sportive ou non, aurait pourtant pu être bien différente.

A l’âge de 6 ans, Patrice Senmartin est victime d’un accident de chasse et perd la vue. Il intègre une école adaptée pour les enfants non voyants entre 1979 et 1987 mais ne trouve pas sa place dans cette infrastructure. « J’ai dû quitter cette école car je ne m’y sentais pas bien – beaucoup de gamins avaient des handicaps physiques ou mentaux très lourds ».

Dans son nouveau collège de Tarbes, aux côtés d’enfants voyants, Patrice Senmartin se sent mieux et réussit à s’intégrer. Il poursuit alors ses études au lycée, puis à la fac, en bénéficiant d’aménagements pour sa carrière sportive en parallèle, jusqu’à obtenir un DUT et une licence en gestion.

S’il continue ses études pour assurer « une deuxième carrière plus tard« , son parcours reste axé sur le cyclisme en tandem, avec un objectif bien en tête – les Jeux Paralympiques.

« Le but principal, ça a toujours été les Jeux ».

Ces même Jeux, Patrice Senmartin les découvre en 1992, à Barcelone. Mais ce qui aurait pu être la consécration finale d’heures passées à l’entraînement se transforme en une amère expérience, celle du pied du podium. L’épreuve du contre la montre se solde en effet par une 4ème place, tant redoutée par les compétiteurs. Une désillusion, certes, mais aussi un moteur qui alimentera les rêves olympiques du cycliste pour enfin décrocher l’or, 4 ans plus tard.

Nous sommes en 1996 aux Jeux Paralympiques d’Atlanta (Etats-Unis). L’athlète ne le sait pas encore, mais ces Jeux vont définitivement marquer un tournant dans sa carrière et l’auréoler de sa première médaille d’or olympique sur le kilomètre arrêté (cyclisme sur piste, épreuve ajoutée aux Jeux Paralympiques cette même année).

Champion d’Europe en titre, il partait pourtant mal placé dans sa course : « On [avec son coéquipier Thierry Gintrand] partait en dernier et au 4ème tour, on était toujours pas sur le podium. C’est à ce moment-là que j’ai repensé à la 4ème place de Barcelone. Je me suis dit : « ça ne va pas encore m’échapper ! » et j’ai remis un coup sur mon vélo. On a fini la course à la première place avec en prime le record du monde (1 min 06 s 858) ! ».

Avec du recul, il est plus facile de se rendre compte que cette course fait directement écho à la définition du cyclisme donnée par Patrice Senmartin : « Le vélo, c’est un sport très stratégique. Il faut savoir gérer son effort et mettre un coup de pétard quand il le faut  – c’est d’ailleurs pour ça qu’être sprinteur est un avantage ». Au-delà de la médaille d’or, cette course représente ainsi toute la beauté et la passion d’un athlète pour sa discipline, car elle embrasse la notion même du don de soi au nom de la performance et de l’exploit.

On peut ainsi mieux comprendre la volonté d’un athlète de réitérer un tel accomplissement, parfois dans un autre domaine, en guise de challenge personnel.

Les bonnes capacités sportives de Patrice Senmartin lui permettent en effet de se démarquer dans d’autres sports tels que la natation, la course (semi-marathon) et le ski. La pratique de ce dernier le mènera même aux portes des Jeux Paralympiques d’Hiver de Nagano (Japon), en 1998, en guise de nouveau défi visant à satisfaire une soif de compétition quasi insatiable :

« Après Atlanta, je me suis inscrit pour Jeux d’Hiver pour les épreuves de ski. J’avais fini 3ème dans une compétition un peu avant et je me suis dit que je n’avais rien à perdre. Mais je me suis pris une porte pendant la descente de la deuxième manche… et c’était fini ».

Une pause devient nécessaire pour permettre au cycliste de finir ses études mais aussi de prendre du recul après le tourbillon engendré par la médaille olympique. Car cette médaille, aussi désirée soit-elle, s’accompagne d’une sorte de blues olympique, un sentiment d’avoir accompli un but ultime, sacré… et peut-être inégalable. La soif de compétition se transforme alors en fardeau décuplé par une exigence à la fois intérieure et extérieure.

« Gagner c’est une chose ; rester au sommet c’en est une autre. Tout le monde t’adules, tu es invité à plein de buffets, de vins d’honneur. Mais, après avoir gagné les Jeux, qu’est-ce qu’on peut faire de mieux ? Tout cela a été très intense et difficile à gérer par la suite. J’ai vécu une grosse retombée, une vraie dégringolade ».

Pendant 3 ans, l’athlète prend de la distance avec sa discipline, avant d’espérer renouer avec l’olympisme pour les Jeux de Sydney en 2000. Des problèmes administratifs entravent cependant son chemin, malgré des résultats sportifs pré-échéance prometteurs : « C’est vraiment dommage parce qu’on aurait eu de bons résultats. J’ai même encore pensé arrêter le vélo, parce qu’on avait en plus gagné les championnats de France » affirme-t-il.

En 2001, il décide alors d’intégrer la SNCF, avec le statut de sportif de haut niveau accordant des horaires aménagés (ce que très peu d’entreprises offraient à l’époque). Cette même année, les titres s’enchaînent (Champion de France de vitesse et du kilomètre arrêté, Champion d’Europe de vitesse et Vice-Champion d’Europe du kilomètre arrêté) et le sportif trouve l’équilibre nécessaire à son évolution.

Les chant des sirènes olympiques ne tardent pas à revenir titiller ses oreilles 3 ans plus tard, aux Jeux d’Athènes (2004) au cours desquels il remporte la médaille d’argent au kilomètre arrêté.

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Patrice Senmartin avec son coéquipier Frédéric Janowski, Jeux d’Athènes (2004)

Son partenaire arrête la compétition après ces Jeux – il devient alors difficile d’en trouver un autre car « ils réclamaient tous de l’argent ». Puis, un accident l’empêchera définitivement de renouer avec le rêve olympique en 2008, à son grand regret. « Ça a foutu en l’air notre entraînement, on a vraiment pas eu de chance ».

Si les Jeux avaient posé leurs bagages à Paris en 2012, Patrice Senmartin aurait peut-être saisi l’opportunité pour tenter sa chance une dernière fois – mais le destin a voulu que les Jeux soient accordés à la ville de Londres.

Patrice Senmartin n’en demeure pas moins à la tête d’un palmarès bien fourni avec au total 2 médailles olympiques, 25 titres de champion de France, 5 titres européens et 2 titres mondiaux.

« Sur le coup on ne s’en rend pas compte… »

Après les Jeux d’Athènes, et devant la difficulté de trouver un partenaire pour la compétition, l’athlète commence à se poser des questions, notamment sur l’aspect financier du monde du vélo. « La dimension de l’argent me faisait chier. Je n’aimais pas parler argent. J’ai toujours pensé que le jour où j’en aurais marre, j’arrêterais, parce que je fais tout par passion. Quand je fais quelque chose, je le fais à fond ».

Il entame deux ans plus tard un processus de reconstruction faciale qui durera cinq ans. Cela marquera la fin de sa carrière sportive professionnelle. « J’ai fini par raccrocher en 2010 sans penser que tout allait se terminer ».

L’idée de rester assis dans un bureau le rebute, lui qui souhaite rester dans un domaine privilégiant un corps et un esprit sain : faire des massages est une idée qui lui vient naturellement. Il décide alors de réaliser une formation en massothérapie, dont il ressort diplômé en 2018. « La mise en place de tout cela a été très difficile, ça a pris beaucoup de temps mais cela en valait la peine. J’aime beaucoup les gens, leur parler. Pendant les massages, au moins 90% des personnes parlent, on discute beaucoup.

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Je ne suis pas ostéopathe mais j’ai des notions intuitives, je redonne un peu de mobilité au corps. Je pense d’ailleurs faire une formation d’ostéopathie dans le futur, notamment parce que les gens viennent souvent me voir en dernier recours ».

L’ancien athlète semble avoir trouvé la voie idéale à son bonheur et cela se ressent dans sa parole lorsqu’il évoque son quotidien : « J’éprouve beaucoup de plaisir à faire des massages et les gens disent que cela se ressent. Mon ancien entraîneur Michel Rauner m’a appris à ne rien lâcher, il me disait « Quand tu veux quelque chose, tu plantes les crocs, tu lâches rien ». Dans la vie, c’est pareil, il faut se battre. Ce que je veux, c’est masser et avoir des clients, bosser seul et n’avoir de comptes à rendre à personne. J’ai des retours hyper positifs et j’adore ça ».

Et finalement, n’est-ce pas là le plus important ?


Retrouvez toutes les informations du salon de massage de Patrice Senmartin sur son site internet

 

 

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