L’innovation dans le sport : mode d’emploi avec Sébastien Audoux, responsable des contenus digitaux chez Canal+ Sport

Comment et pourquoi innove-t-on dans le sport ?

Bien des réponses existent à cette question. Toutes ne remplissent pas le même objectif mais ont une finalité commune : développer les activités du secteur et engager ses acteurs différemment. Pas question ici de dire en mieux, ou moins bien – il s’agit plutôt de souligner l’évolution de la place prise par l’innovation dans le sport.

Sans grande surprise, la pierre centrale de l’édifice est économique. Pour développer n’importe quel domaine, il faut trouver des moyens ou faire évoluer son fonctionnement. I-N-N-O-V-E-R. Trouver de nouvelles idées, créer de nouvelles technologies, de nouveaux dispositifs, parfois modeler l’activité sportive elle-même pour répondre à de nouveaux besoins, de nouveaux modes de consommation. Or, l’innovation passe de plus en plus souvent par le digital, LE maître mot du 21ème siècle, celui qui bouleverse nos habitudes, nos modes de vie et même notre rapport aux autres. Grâce à son développement et son déploiement colossal, il est devenu l’un des vecteurs principaux d’innovation. Le domaine sportif n’échappe pas à ce phénomène – bien au contraire, il s’en nourrit.

Sébastien Audoux, responsable des contenus digitaux chez Canal+ Sport, est plus que conscient de tout cela. Si sa passion pour le journalisme sportif l’a amené sur le petit écran pendant une quinzaine d’années, il a par la suite compris l’importance qu’allait prendre le digital dans les médias, jusqu’à s’y consacrer pleinement. Une évolution de carrière qui reflète bien les transformations qu’a connu l’industrie du sport, de la fin des années 90 jusqu’à nos jours :

« J’ai toujours voulu travailler dans le sport, et j’ai voulu devenir journaliste assez tôt, bien avant l’école de journalisme. Mon objectif était de devenir journaliste sportif en télé, j’avais une idée assez précise de ce que je voulais faire. Après, chose assez classique, j’ai fait des stages. Mon premier, c’était chez Canal en 1997. J’ai trouvé ça super, mais c’était déjà une grosse machine a l’époque, à l’apogée de la puissance du service des sports – s’y faire une place n’était pas forcément facile. Je suis ensuite passé par Eurosport, qui était partenaire en grande partie avec Canal a l’époque : c’était plus facile pour un stagiaire de faire des choses intéressantes car la structure était plus petite. J’ai ensuite découvert AB Sports, une jeune chaîne naissante, à la faveur d’un stage suivant. Là, vous arriviez en tant que stagiaire, et au bout de deux mois, vous pouviez faire complètement partie de la rédaction ».

Quelques piges plus tard, le jeune journaliste finit ses études et revient chez AB Sports, entre-temps rachetée par le groupe Pathé (qui, à l’époque, venait de créer une chaîne de sport). Il y fera ses premières armes avec du reportage et des commentaires surtout portés sur le basket français. Puis, en 2002, c’est le retour aux sources, lorsque le groupe Canal rachète Pathé Sport. Pendant une dizaine d’années, Sébastien Audoux continue à commenter plusieurs disciplines – beaucoup de basket, mais aussi du golf, Canal+ récupérant en 2005 les droits de diffusion de cette dernière, auparavant détenus par Eurosport. Il dirigera par la suite la chaîne Golf +, créée en 2012, pendant 3 ans. Un parcours atypique, selon ses propres dires : « La plupart des gens qui ont travaillé sur le golf dans les médias sont d’abord golfeurs, en général assez tôt, puis ont l’occasion de travailler dessus dans les médias. Moi pas du tout, j’ai un parcours assez atypique parce que j’ai commencé à jouer au golf après en avoir commenté. C’était un sport que je regardais à la télévision mais, effectivement, je ne jouais pas du tout. Je regardais cela comme on regarde de la Formule 1. Á l’époque, je faisais la NBA en pleine nuit. C’était aussi un choix de vie assez intéressant d’arrêter de se coucher à 7h du matin, même si avec le golf américain je me couchais un peu tard.  C’était une belle opportunité que j’ai aussi saisie parce qu’elle était liée au golf américain. Je ne l’aurais pas fait si ça avait été le golf européen, j’ai vraiment une passion pour tout ce qui est sport américain. Cette passion, je l’ai eue grâce à Canal, qui passait du basket américain et de la NFL (National Football League, championnat de football américain). J’étais assez vite enthousiasmé par ces sports, la façon dont tout était filmé, par les stars… J’ai grandi avec le sport français, et d’un seul coup je découvrais les sports américains : tout était plus grand, mieux filmé. Ces sports étaient mineurs en France. »

Émission Golf+ le Mag (2016) avec Sébastien Audoux à la Rédaction en chef / Production

Un aspect que j’ai toujours beaucoup apprécié est l’engagement des spectateurs. On s’adresse uniquement à des gens qui sont hyper fans. En général, ils connaissent le sujet aussi bien que vous, ce qui est passionnant en terme de challenge, car pour apporter des choses à ces gens-là, c’est plus difficile selon moi que si vous commentez les Jeux Olympiques. Si vous commentez le tir aux Jeux, à priori peu de personnes connaissent les technicités de ce sport. Vous vous adressez à un public très large, qui n’est pas forcément spécialiste, donc c’est relativement « facile ». Sur des sports très pointus où vous n’avez que des ultras fans qui vous regardent, j’ai toujours trouvé ça hyper intéressant de faire le boulot pour être au niveau. Et pour le coup, le golf représente un vrai challenge : il y a beaucoup de joueurs (entre 144 et 156 au départ d’un tournoi) et ils n’ont pas de numéro dans le dos, contrairement à tous les autres sports où vous avez un repère du maillot pour vous aider. Au golf, il faut connaitre les joueurs à la silhouette pour arriver à les reconnaître immédiatement. »

Après une période de transition entre le golf et le digital, Sébastien Audoux prend la direction des contenus du service digital sport où il officie aujourd’hui : « Tout s’est enchaîné car j’ai assez vite compris l’importance qu’allait avoir le digital dans l’écosystème du sport global. Ça faisait sens pour moi d’aller me frotter à ce nouvel univers après une quinzaine d’années côté télévision ».

En parallèle de ses activités chez Canal, il rejoint Hype Sports Innovation, un accélérateur de startups dont l’objectif est de favoriser l’innovation dans le sport. Contacté par le dirigeant Amir Raveh, qui organisait alors un webinar sur les médias et l’innovation, il a poursuivi l’aventure jusqu’à intégrer le board de l’entreprise : « À un moment, ils ont été assez gros pour créer un board et m’ont demandé de le rejoindre. J’ai accepté avec plaisir, sachant que les autres membres sont plus séniors que moi. C’est flatteur et cela me permet d’apprendre de ces personnes, au-delà de l’intérêt que l’on peut avoir pour Hype et pour l’innovation dans le sport. Il y a aussi une vraie opportunité de côtoyer des gens comme Guy-Laurent Epstein, le directeur marketing de l’UEFA (l’Union des Associations Européennes de Football) ou Rod Nenner, vice-président de la Washington Football Team (les anciens « Washington Redskins »). Ce sont des gens qui ont des carrières plus longues que la mienne et on apprend toujours avec eux. De façon plus générale, si vous voulez avancer et rester « à la page », il faut être en contact avec ce qui va faire le sport de demain ».

Webinar HYPE – La vérité sur l’innovation dans le sport
Webinar HYPE – La digitalisation de l’engagement des fans dans le sport

Cette implication avec Hype Sports s’imbrique tout naturellement avec son poste au service digital de Canal + Sport, où l’innovation se veut au cœur du travail quotidien, à savoir la création de nouveaux usages répondant aux habitudes de consommation des contenus sportifs de demain. Connaître des startups permet également de faire les meilleurs choix de prestataires possibles lorsqu’il s’agit de développer de nouveaux projets : « Au lieu d’en voir une ou deux, j’en vois 10 ou 20. Je fais beaucoup de monitoring avec des jeunes entrepreneurs qui ont des startups – il y a aussi un gros intérêt à se nourrir intellectuellement à leur contact et nos échanges vont dans les deux sens : j’apprends au moins autant d’eux qu’eux apprennent de moi, si ce n’est plus. C’est hyper enrichissant. »

Cet apprentissage quotidien aide notamment à éviter le piège du surplace et pousse à une remise en question permanente, une recherche perpétuelle de nouveaux challenges pour déboucher sur des idées/produits innovants. Lorsqu’une entreprise comme Canal, « qui, malgré tous ses déboires ces dernières années, est toujours restée leader en France sur le créneau de l’innovation digitale », elle ne peut se permettre de se reposer sur ses acquis. 3ème opérateur mondial après AT&T et Comcast, « ce qui n’est pas rien pour un groupe français », elle doit conserver ce statut, en dépit d’une concurrence de plus en plus rude sur des marchés aux structures multiples.

Car oui, tous les marchés ne se ressemblent pas, loin de là. Tous ont des structures diverses et leur approche de l’innovation dans le sport, leur façon d’appréhender certaines problématiques et de les résoudre ne sont donc pas les mêmes : « Aux États-Unis, tout va plus vite, parce que les budgets sont plus importants. En France, on est pas du tout dans la même économie, c’est ce que je vivais aussi quand je traitais le golf. J’arrivais aux États-Unis pour des grands tournois où nous étions une équipe de 2, 3 voire 4 personnes maximum alors que, côté télé américaine, ils étaient 300 ou 400 sur site. C’est une échelle complètement différente. Ils sont capables d’engager des sommes importantes sur des innovations, très rapidement. En France, cela prend plus de temps, parce que le marché est plus petit, le contexte réglementaire est plus compliqué… Tout est un peu plus rigide, plus difficile ».

Si l’échelle américaine est incomparable avec le marché français, ce dernier demeure plus flexible pour innover en interne. Il est alors plus facile de mieux contrôler les budgets et d’adapter la création de nouveaux produits en fonction de l’évolution des besoins de l’entreprise, là où de plus grosses structures externalisent leurs demandes : « Une boîte comme Comcast, par exemple, a un incubateur de startups à qui elle va donner une liste de problèmes à résoudre – elle va ensuite leur fournir l’argent pour tout régler et…voilà.  C’est comme ça que ça fonctionne. De notre côté, nous n’avons pas les mêmes budgets, il faut donc souvent trouver des ressources en interne. Ce dont je suis particulièrement fier, même si je n’en suis responsable que d’une toute petite partie, c’est MyCanal. L’application a été quasi intégralement créée en interne, à la fois pour le design et la technologie derrière, ce qui est rarissime. La plupart des grosses boites font appel à des prestataires qui vont construire une application sur mesure. Chez Canal, on a des développeurs en interne qui travaillent sur ces apps-là. C’est une vraie force, même si parfois cela nous oblige à avancer plus lentement : si demain on doit sortir une grosse nouveauté, on doit faire avec les êtres humains que l’on a.

Application MyCanal

Si Comcast avait dû développer une app, elle l’aurait achetée à quelqu’un d’autre – c’est une autre philosophie. Je ne dirais pas qu’une des deux méthodes est meilleure, car la taille du marché aux États-Unis est juste différente. Je suis devenu très ami avec le chief technical officer de NBC Sports, que j’ai rencontré à plusieurs évènements. Il travaille sur des sommes qui, quand je discute avec lui, deviennent complètement abstraites tellement elles sont énormes. Le coût de production des Jeux Olympiques pour NBC tourne autour du milliard de dollars – on est sur des échelles qui sont complètement hallucinantes. Nous, nous sommes dans un autre environnement, même si MyCanal se développe à l’international (c’est un challenge que l’on a actuellement). En revanche, ce qui m’a marqué dans ma carrière en télé et digital, c’est qu’on dit souvent qu’on a des cerveaux et des bras de grande qualité en France. On est capables de faire le travail de beaucoup de personnes dans d’autres pays. C’est aussi pour ça qu’on est tant courus à l’étranger ».

Lorsqu’on parle technologie, certaines entreprises connues pour leur capacité à créer des dispositifs innovants reviennent souvent sur le devant de la scène. C’est le cas de la société américaine Intel, qui, en rachetant une startup israélienne, a créé le dispositif Intel® True View, aujourd’hui utilisé entres autres par la NFL, la NBA (National Basketball Association, principale ligue de basket aux États-Unis) et la Liga (le championnat de football espagnol). Rien que ça.

Intel® True View pour La Liga

Cette technologie est celle qui a le plus impressionné Sébastien Audoux ces dernières années – on comprend facilement pourquoi lorsqu’il précise la mécanique derrière le dispositif : « J’explique aux gens que ce petit effet à la Matrix ne représente en fait qu’1% du dispositif. La vraie force de cette technologie, qui coûte très cher (on parle de plusieurs millions d’euros d’installation par stade) c’est qu’elle crée des pixels volumétriques. Tout cela transforme l’espace – là où vous avez un match de foot qui est filmé à plat, ça devient comme ce que vous avez dans un jeu vidéo. Vous avez des polygones et vous pouvez rentrer dans le terrain, tourner autour des joueurs, vous mettre à leur place pour voir leur champ de vision. J’ai vu beaucoup de réalité augmentée et de réalité virtuelle, mais là on change complètement de dimension parce qu’on peut être sur le terrain, on peut voir ce que l’athlète voit, on va beaucoup plus loin ».

Deux problèmes se posent face à l’implémentation de la technologie : son fonctionnement complexe (calculs lourds à effectuer) constitue le premier et fait qu’elle n’est « pas vraiment exploitable dans des conditions optimales en direct ». Son utilisation immédiate est donc limitée et il faut attendre avant d’avoir un rendu plus complexe. « Or, le sport, c’est tout en direct ». Le deuxième obstacle à l’adoption plus large de la True View est son coût – mais il ne sera peut-être pas insurmontable indéfiniment : « Dans le cadre d’un accélérateur d’Hype, j’ai vu récemment une jeune startup qui travaille sur la même technologie et qui sera sans doute capable, dans les mois ou les années qui viennent, de la créer mais à des coûts beaucoup moins élevés. C’est ça qui est génial dans l’innovation : vous avez beau avoir une boîte qui investit des centaines de millions de dollars depuis des années sur cette technologie, il y en a peut-être une autre composée de 3 ou 4 personnes qui va réussir à l’améliorer de manière fondamentale à des coûts beaucoup plus bas. C’est la magie de l’innovation; une bonne idée qui sort d’un cerveau, ça n’a pas de prix ».

En revanche, la route vers l’innovation a un prix – qu’il soit financier ou temporel. C’est souvent là qu’intervient une invitée surprise, aussi embêtante que potentiellement prometteuse : la contrainte. Car la contrainte, aussi perturbante soit-elle, entraîne un réflexe d’adaptation. Quand il n’y a plus le choix, il faut bien avancer : « J’ai écrit un papier sur Linkedin qui s’appelle « 10 prédictions sur le sport post-Covid » et effectivement, je crois qu’on est toujours plus innovant quand on est obligé de l’être. Quand tout va bien, il y a une certaine réticence à innover. J’ai vécu des époques très fastes et d’autres moins fastes à Canal+ et je remarque qu’on a toujours été beaucoup plus agiles sur l’innovation quand on était dans des périodes plus compliquées parce qu’il en allait de notre survie. Quand tout va bien, que vous êtes leader sur le marché, que vous avez étouffé tous vos concurrents, rien ne vous pousse vraiment à être innovant.

J’ai un bon contre-exemple en tête : Bill Gates. Même au milieu des années 90, à l’époque où Microsoft était d’une puissance époustouflante sur le marché de l’informatique, il n’avait qu’une peur – et il avait bien raison à l’époque – c’était que si son entreprise arrêtait d’être innovante, ses concurrents allaient le rattraper et le dépasser. Je pense que dans son board les gens devaient lui dire « bon allez, calme-toi Bill, on a 95% du marché des systèmes d’exploitation sur les ordinateurs. Apple, ils existent pas, Google, c’est une petite boîte, ils font rien d’intéressant, ça va, tout va bien ». Et quand on fast-forward des années après, même si Microsoft va très bien – ils n’ont jamais été aussi bien d’ailleurs – Apple est devenu beaucoup plus gros et Google a pris une part de marché extraordinaire avec Androïd. Le marché n’est plus du tout ce qu’il était au milieu des années 90.

Pour moi, l’innovation, c’est la solution à tous les problèmes du sport, car son aspect technologique va aider les médias, mais aussi l’ensemble des petites fédérations à potentiellement mieux se diffuser, se monétiser. Avant, il n’y avait qu’une seule solution pour diffuser votre sport, c’était qu’une télé veuille bien le faire. Donc soit vous étiez un sport suffisamment important et là vous étiez en position de force, vous pouviez vendre vos droits et on venait en plus chiner les images. Soit vous étiez un petit sport et vous étiez prêt à donner des droits pour que la télé produise des images. Aujourd’hui, l’innovation fait qu’on peut produire des images et des diffusions sportives en direct pour des sommes dérisoires, ce qui n’était pas du tout le cas il y a 10 ans. Ça, c’est un changement fondamental ».

Au-delà d’impacter notre façon de consommer du sport, l’innovation va avoir une influence sur les sportifs eux-mêmes et les disciplines. Avec des équipements et des connaissances toujours plus pointus, les performances s’envolent depuis plusieurs années ; la compréhension toujours plus aiguë du corps humain et de ses capacités aide les athlètes à mieux s’entraîner et optimiser leurs performances, tout en prévenant les blessures au maximum. Lorsque celles-ci sont inévitables, les modes de traitement améliorés permettent aux sportifs de récupérer plus rapidement. L’innovation peut également intervenir au niveau des disciplines sportives, en ajoutant / faisant évoluer leurs règles. Cela fut notamment le cas pour le volley-ball et le basket : « Quelque part, le volley s’est sauvé grâce à cela il y a quelques années avec le Rally Point System (système de calcul où chaque échange vaut le même poids, qu’importe l’équipe au service) et le Libero (poste uniquement chargé de la réception du ballon et de la défense) – ça aussi, c’est de l’innovation.

À la fin des années 90/début des années 2000, au moment où les joueurs internationaux commencent à arriver et quand Jordan prend sa retraite, la NBA n’allait pas très bien. Les américains s’identifient beaucoup moins aux joueurs, puisque ce sont des joueurs non américains, il y a peu de points marqués et les matches ne sont pas spectaculaires. Qu’est-ce que les dirigeants ont fait ? Ils ont innové sur 2 pans : le digital et les règles. Pour le digital, ils se sont dit « Nous, contrairement à tout le monde qui a un peu peur de ce nouvel environnement et qui essaye de tout contrôler, on va se dire ‘on s’en fout si un fan veut faire un montage sur Michael Jordan dans sa chambre et le diffuser sur Youtube. Au contraire, c’est très bien, ça nous fait de la promo, il a le droit de le faire, on ne va pas l’embêter' ». Ensuite, la NBA va complètement changer les règles pour faire en sorte que le jeu redevienne spectaculaire. Aujourd’hui, le produit qu’ils ont est absolument admirable. S’il n’y avait pas les problèmes de diffusion au milieu de la nuit à cause du décalage horaire, la NBA intéresserait un public beaucoup plus large, parce que c’est à mon sens, et d’assez loin, le meilleur spectacle sportif qui existe à tous les niveaux. Les règles sont parfaites, les joueurs charismatiques et ils arrivent à exister sur tous les réseaux sociaux beaucoup mieux que les autres sports.

En France, l’innovation ne prend pas encore assez de place dans le sport en général. Le football, sport le plus populaire dans l’hexagone (et dans le monde), peut cependant nous faire espérer une inversion de la tendance, à condition de continuer à développer ce que certains acteurs ont déjà commencé : « L’innovation est la solution à tous les problèmes du sport et, malheureusement, on commence seulement à le découvrir. Il y a beaucoup de fédérations et de ligues sportives, notamment en Europe, et en France, qui ont trop longtemps laissé l’innovation de côté et c’est extrêmement pénalisant, parce qu’il faut constamment se remettre en question et essayer d’améliorer son sport. On dit souvent quelque chose que je trouve complètement faux : « if it’s not broken, don’t fix it » (« si ce n’est pas cassé, il ne faut pas le réparer »). C’est une expression que les américains utilisent beaucoup et je crois que c’est faux parce qu’il faut anticiper avant que ce soit cassé, même si c’est effectivement très dur. Regardez le football. C’est le sport numéro 1 en France, on sort d’une coupe du monde fabuleuse, on l’a gagnée, la Ligue 1 ne s’est jamais vendue aussi cher…et pourtant, si le foot n’innove pas massivement en France, que ce soit dans la formation de ses joueurs, dans la façon dont il est filmé, commercialisé, distribué, exposé à l’étranger, organisé, à tous les niveaux du club, il va sans doute y avoir un gros problème. Et peut-être qu’un autre sport prendra le dessus. C’est au moment où tout va bien qu’il faut essayer de faire tous les efforts nécessaires pour vraiment innover. 

Mais, pour avoir discuté et vu comment cela se passe dans beaucoup de clubs français, notamment les plus grands, je pense vraiment qu’ils ont compris cela car ils commencent à investir massivement depuis environ 5 ans. Il y a eu du retard mais récemment, certains clubs sont montés en gamme en termes de budget. Je pense au PSG évidemment, et même Lyon qui est devenu un mastodonte européen. C’est d’ailleurs un pour moi un modèle dans ce qu’il faut faire. Je sais que le président Aulas est souvent critiqué, mais il a tout compris. Il a créé un stade gigantesque et très moderne (le Groupama Stadium), il s’est rapproché du club de basket de l’ASVEL, l’autre grand club sportif de Lyon, pour vraiment créer un pôle majeur, il a un département média très puissant… Tout ça fait sens. Je suis assez impressionné par ce qui a été construit ces dernières années ».

La période que nous traversons actuellement ne sera pas favorable au développement des activités liées au sport. Les budgets, qui commencent déjà à diminuer, ne seront certainement pas revus à la hausse immédiatement. Il sera alors capital de trouver de nouveaux leviers économiques pour continuer à faire vivre tout un secteur qui, au-delà de son attractivité financière, apporte tant d’émotions et de joie au plus grand nombre (sans compter les enjeux sanitaires liés à la pratique sportive). Pour cela, il existe une solution, appelée…innovation.


Retrouvez Sébastien Audoux sur Linkedin, Twitter et Instagram.

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