La défaite est en eux – le sport version Fédération Française de la Lose

C’est l’histoire d’une bande de potes, qui, un jour, décident de créer un blog pour célébrer les plus belles défaites, les plus belles Loses. Et pas n’importe lesquelles : les défaites à la française. Ensemble, ils font fi des conventions qui portent la victoire au paroxysme de l’objectif sportif. Non, la victoire, eux, s’en affranchissent. Ainsi naquit la Fédération Française de la Lose. La FFL.

Derrière le chapeau napoléonien orné d’une cocarde tricolore (#Waterloo) s’active toute une équipe de passionnés. Ils scrutent chaque évènement sportif et régalent leurs audiences grâce à leurs bons mots, que ce soit sur les réseaux sociaux ou le blog de la FFL, qui, depuis sa naissance, a bien évolué. C’est justement cette évolution que je m’en vais vous conter, en revenant sur le processus de création de la Fédération, puis sa fulgurante expansion, avec un objectif premier qui a su rester profondément ancré dans son ADN : glorifier la Lose avec un L majuscule, la vraie, l’unique.

Un immense merci à Louis, cofondateur de la FFL, pour son précieux témoignage qui me permet ici de retracer le mythe de cette institution nationale.

Tout commence il y a 6 ans. La FFL naît alors suite à « un délire de potes ». « Je n’étais pas dedans au début » explique Louis. « Je suis venu un petit peu après, mais à la base tout est parti d’une équipe de football à cinq urbain (five) qui jouait dans les ligues en région parisienne. Mon cousin faisait partie de cette team et ils ont appelé leur équipe le FC Kostadinov (ndlr : Emil Kostadinov est le nom du joueur responsable de l’élimination de la France contre la Bulgarie le 17 novembre 1993). Il y avait déjà un concept, ce délire de la culture de rire de la Lose. Cela a un peu mûri avec le temps et puis un jour – c’était en 2014 ou 2015 – on s’est dit ‘pourquoi on ne ferait pas un blog’ ? L’idée est donc partie de là ».

Le succès ne se fait pas attendre très longtemps, à tel point que la Fédération fraîchement créée doit rapidement revoir son mode de fonctionnement pour mettre en place ses projets : « Nous structurons nos actions depuis un an parce que notre délire, notre audience et notre influence ont grandi. Nous avons fait un site, monté des partenariats, il était vraiment nécessaire de mieux nous organiser. J’ai maintenant le plaisir immense d’être dessus à temps plein avec mon associé Antoine. Nous avons toujours 2 autres personnes dans la team qui sont dans la boucle en permanence et qui nous apportent un peu plus de conseils de type entrepreneuriaux, parce qu’ils ont déjà leur boîte. Nous avons aussi toute l’équipe de base, on a gardé notre groupe WhatsApp pour échanger des bêtises et rire ensemble – mais aujourd’hui nous nous sommes recentrés sur ceux qui avaient le temps et l’envie d’en faire un projet entrepreneurial sérieux. On continue ce qu’on faisait avant de façon plus ordonnée avec l’envie de développer de nouvelles choses ».

Ces pourfendeurs de la victoire, gravitant au départ autour de la région parisienne, sont désormais un peu plus dispatchés mais gardent leur centre sur Paris. « C’est quand même là que tout se passe dans les médias » précise Louis. Concernant leur développement, le passage d’un blog à une vraie plateforme de contenus incluant un e-shop s’est fait progressivement. Cette évolution n’était même pas un objectif de départ : « Le projet n’a jamais été de se dire en 2015 ‘on va créer un groupe médias avec des canaux d’acquisition de Lose, une boutique e-commerce’. Au départ, il n’a jamais été question d’en faire une activité. Aujourd’hui, c’est plus de l’entrepreneuriat accidentel qu’un vrai projet planifié ».

Le premier produit concret de la FFL a vu le jour en 2017 : un tee-shirt, qui est d’ailleurs toujours disponible et toujours d’actualité, rendant hommage au tennisman français le plus attaché aux félines – Benoît Paire.

« À l’époque, on faisait ça sur un site de drop shipping, on avait même pas de site e-commerce. Les gens pouvaient acheter leur tee-shirt et ça nous avait fait beaucoup rire de voir qu’on avait réussi à en vendre 50. C’était notre toute première action. Puis le bébé a grandi, et on s’est retrouvés avec des sollicitations de marques pour des partenariats, d’autres idées de produits, parfois des rédactions d’articles un peu plus poussés, un peu plus longs – à la base, on reste des gros fans de sport et on en consomme énormément. Moi je regarde du sport du matin au soir, des fois je me couche à 5h du matin juste pour suivre le sport américain. Dans la team on est très NBA (National Basketball Association, ligue américaine de basket), moi je suis plus un suiveur de la NHL en ce moment (National Hockey League, ligue américaine de hockey) ».

L’œil aiguisé de la FFL sur l’ensemble des actualités et évènements sportifs vient sans surprise de la passion du groupe pour toutes les disciplines : football, tennis, basket, football américain, rugby, Formule 1 (et j’en passe)… ce qui leur permet de capter un public large, avec le même attrait pour le sport, et qui peut s’identifier facilement aux thèmes abordés : « C’est ça qui fait vivre le truc, on est un peu comme n’importe qui, on aime lire la presse sportive, regarder les évènements. À un moment, un gars de la team, qui est gérant d’une agence de marketing web, s’est dit qu’on devait développer un site. On avait les ressources, les personnes pour nous aider, alors on l’a fait ». En prenant de l’importance, les activités de la FFL commencent à générer de l’argent et nécessitent la mise en place d’une vraie structure juridique : « On s’est posés en se demandant si on continuait le projet en mode délire ou si on se mettait à développer encore plus tous les leviers qui étaient disponibles. On s’est dit ‘allons-y, voyons ce que ça a dans le ventre’. Tout s’est fait graduellement, nous sommes d’abord allés vers les opportunités qui sont venues à nous, puis nous nous sommes organisés ».

Pour mener à bien l’éloge de la défaite, la FFL peut compter sur les talents sportifs de ses membres (15 ans de foot et 10 de tennis pour Louis, plusieurs années de hockey et tennis pour Alex, des marathons pour Antoine…), tous sont pratiquants et fans, et ont chacun leurs sports de prédilection : « Typiquement, moi pendant l’Open d’Australie, je vais me lever à 6h du matin » explique Louis. « On a tous nos dadas de supporters. S’il faut faire 2-3 heures de route pour aller voir un match, aucun problème pour moi. Bon, maintenant, il y en a pas mal qui sont devenus papas dans la team, donc il se sont un peu calmés, mais on est tous de grands fans de sport à la base, comme des milliers d’autres personnes d’ailleurs. C’est peut-être aussi pour ça que le truc a pris, parce qu’au final, ce qu’on fait, c’est vraiment un truc d’amateurs de sport pour des amateurs de sport. Des fois, je vois des choses passer sur la FFL qui ne sont pas de moi et ça me fait rire, parce que c’est le même humour bon enfant qu’on aime sur d’autres contenus que la FFL ».

Le seum toujours après les céréales, merci !

Il peut pourtant paraître surprenant que la célébration de la défaite puisse être aussi populaire. En général, nous n’aimons pas perdre. C’est précisément là qu’est toute la subtilité de la FFL : si les spectateurs se rassemblent autour de leur passion pour le sport et exultent devant les plus belles performances de leurs athlètes préférés, ils trouvent un exutoire idéal en la FFL les jours de défaite. Ce qui explique son immense popularité :

« Je pense qu’on s’est tous déjà trouvés dans une situation où notre sportif / équipe favorite se fait battre et du coup on sait ce que c’est la frustration d’un supporter. Avant, il n’y avait pas vraiment de média qui traitait de tous les sports avec un angle s’adressant à cette frustration. Ce qui explique une partie du succès de la Fédération, c’est qu’elle s’adresse aux émotions que la défaite peut générer. On s’est toujours dit qu’au lieu de rester devant notre télé, ou de lire des articles qui résument ce qu’on vient de voir, il fallait faire quelque chose pour toujours rire de la défaite. Cela nous permet d’être toujours contents, que l’on gagne ou que l’on perde : par exemple, si la France avait perdu contre l’Argentine lors de la Coupe du monde 2018, on aurait été dégoutés en tant que supporters anonymes.

En revanche, on aurait eu plein de contenus potentiels, on aurait trouvé des façons d’en rire. En plus, aujourd’hui, même quand la France gagne, on fait de l’autodérision envers la FFL par la FFL, on joue un peu les victimes. C’est quelque chose que les gens aiment bien aussi. On a tous plein de frustrations et d’émotions qui fusent quand il y a de la défaite dans l’air : pouvoir en rire, c’est la meilleure des cures possibles ».

2018, tournoi des 6 Nations, France – Irlande : drop de dernière minute de Jonathan Sexton scellant la victoire irlandaise. Une bascule sponsorisée par la FFL ?

Pour en rire comme il se doit, la FFL a petit à petit modifié son mode de fonctionnement et attribué des « tâches » à chacun : « Pendant un long moment, on publiait des contenus en fonction de nos affinités. Antoine, qui est très foot, commentait tout ce qui concernait le foot, moi j’écrivais tous les articles tennis de la FFL – quand il y a un Roland Garros ou autre, je suis toujours sur le pont. On a toujours un peu fonctionné comme ça. Depuis qu’on a passé ce cap de ‘hobby’ à ‘boulot’ (je n’aime pas beaucoup utiliser ce mot parce qu’il est assez pénible, moi je n’ai vraiment pas l’impression de travailler) on a segmenté nos responsabilités pour ne pas avoir des journées bordéliques avec un coup de e-commerce, puis un coup de contenu, de SAV… Aujourd’hui, mon associé Antoine gère donc toute la partie ‘contenu’ et moi la partie monétisation, tout ce qui est technique : site internet, boutique, partenariats, licences. On s’est séparé les tâches comme ça et ça fonctionne assez bien. Antoine organise ce qui va être écrit, quand, par qui. Il gère tout l’aspect édito. S’il voit un besoin d’article arriver pour le tennis, il va me le demander un peu en avance ou s’il n’est pas dispo pour faire un truc ‘chaud’ qui est sorti, il va me solliciter, mais ça n’est pas ma responsabilité première. On a aussi quelques pigistes qui travaillent avec nous au compte-goutte. On les garde précieusement car ils ont réussi à chopper la ‘patte FFL’. Il nous arrive parfois de nager un peu parce qu’on a beaucoup de contenus à faire, mais si on a besoin, on va chercher de l’aide ailleurs ».

Derrière chaque article, chaque post sur les réseaux sociaux, se cache une plume de la team d’Antoine, utilisant un ton unique. On pourrait pourtant croire qu’une seule et même personne est à l’origine de chaque écrit – comment la FFL a-t-elle donc réussi à développer et linéariser sa propre patte ?

« Au début on s’est dit ‘bon, on va parler de la défaite et on va faire en sorte que ce soit le but du sport, on va encourager les perdants et réprimander les vainqueurs. On a travaillé un peu ce ton et aujourd’hui, 90% des contenus, les posts Facebook, Twitter, sont faits par 2 à 3 personnes différentes maximum. On fait ça ensemble depuis 4 ou 5 ans, il y a donc une espèce de symbiose qui s’est installée. C’est vrai que, les ¾ du temps, quand je vois une vanne FFL qui n’est pas de moi et qu’elle me fait rire, je me dis que j’aurais bien voulu la sortir. Avec le temps, de façon un peu naturelle, on s’est bien alignés et on a le même ton, ce qui est assez précieux. C’est aussi le challenge, quand tu veux développer ta marque ou faire plus de contenus ou des formats différents. Il faut réussir à préserver notre ton, ce qui n’est pas forcément facile. Il faut rester dans le bon créneau parce que la frontière entre blague bon enfant, taquine, et méchanceté est très fine. Il faut faire très attention à cela ».

27 septembre 2020 : Julian Alaphilippe est sacré champion du monde de cyclisme. Devant tant d’émotion, même la FFL a succombé au charme de la victoire

Ce qui est certain, c’est que la FFL ne compte pas freiner ses activités, bien au contraire. De nouveaux produits sont prévus pour la boutique et des idées de partenariats continuent à fleurir : « On passe du temps dessus, parce que, mine de rien, c’est aussi grâce aux marques qu’on peut se suffire à nous même. Aujourd’hui, il y a beaucoup de marques qui sont réceptives à ce créneau de l’humour dans le sport, donc on a de la chance de pouvoir nouer des partenariats sympas pour l’utilisateur. Par exemple, avec Parions Sport, chaque semaine on récompense ceux qui foirent le mieux leurs paris, ça reste dans notre thème. Certaines marques nous ont aussi proposé de faire des produits, mais on essaye d’abord de faire en sorte que les vêtements ou accessoires que l’on vend reflètent notre ligne éditoriale et les blagues qui font rire notre communauté. C’est d’ailleurs pour ça qu’on a fait un tee-shirt ‘bascule‘ et un autre ‘ligaments croisés‘. La seule question que l’on se pose avant de créer quelque chose, c’est : est-ce que c’est marrant, est-ce que ça nous fait rire, nous ? Si oui, en général c’est que ça va ‘fonctionner’. On réfléchit comme ça pour tout. Après, si une marque nous propose un projet super cool, par exemple un tee-shirt ou un maillot qui est en plein dans l’ADN, on ne va jamais se fermer aux bonnes idées. En plus de cela, on plusieurs projets éditoriaux en cours, on parle également de nouveaux formats, vidéos, qu’on ne fait pas encore, car ce sont des choses qui doivent germer. Lorsque l’on aura la puissance nécessaire pour recruter la main d’œuvre et les ressources que tout cela demande, on pourra se lancer.

Ce qui est sûr, c’est que le but n’est pas de s’arrêter là. Aujourd’hui, nous ne sommes pas les seuls à rire autour de notre concept donc je pense qu’il y a plein de choses à faire pour l’amplifier. Au final, c’est ça qui nous fait rire, le fait que nos vieilles blagues d’il y a 5 ans sont vues aujourd’hui par 400, 500 ou 600 000 personnes. On essaye de se développer comme une entreprise mais on garde bien le cap du début en tête. Tant que tout fonctionne bien comme ça, il n’y a pas de raison d’arrêter de le faire ».

La FFL ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et entend faire résonner la Lose au plus loin. Spectateurs, spectatrices, préparez-vous à rire de plus belle des défaites françaises ! Après tout, elles permettent d’encore mieux savourer les victoires…


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